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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 00:58

Par Jo Gatsby 

Poête, jazzman et "song writer" new-yorkais", Ben Sidran ouvrait son show au Sunside de Paris cette semaine en expliquant sur un fond d'accords groovy pourquoi il vient d'enregistrer un CD des meilleures chansons de Bob Dylan. Pourquoi Dylan, plutôt que d'autres stars du rock'n'roll qui font aussi partie de ses amis? "Parce qu'on devient ce qu'on écoute", dit Ben Sidran, pianiste de blues, accompagné avec brio par son fils Léo à la batterie, l'impressionnant Bob Rockwell au saxo ténor et Billy Peterson à la contrebasse.

"Que vous soyez dieu ou démon, buveur de lait ou de whisky, vous servirez toujours quelqu'un", chante Sidran, dans la foulée de Dylan, son aîné d'un an dont il fait revivre le génie musical et poétique. Musicalement, c'est top: rythmique à réveiller les morts vivants que nous sommes parfois, binaire à souhait, solis de clubs pêchus, toujours justes de Ben S. au piano, un rien plus virtuoses de Rockwell au saxo, qui n'a rien à envier à un Zoot Sims ni à beaucoup d'autres, en fidéle régulier de la scène jazz danoise de Copenhague où il vit depuis 26 ans, entre deux tournées avec Ben Sidran un peu partout dans le monde.

"Je vois mes vieux potes évoluer, certains se rangent et d'autres continuent à vivre", chante Ben et Dylan avec lui. Brave new world. Puis vient "Celia", une composition jamais jouée en scène, qui fleure bon son standard de jazz be bop revisité à la sauce Sidran, sidérante, à vrai dire. Sidérante, cela signifie que cela vous remplit la tête d'étoiles et de toiles pour pas un rond de plus que le ticket d'entrée au Sunside, Bob Rockwell se chargeant d'arranger le reste avec son saxo.

Highway 61

Léo Sidran vient d'être papa, nous a dit Stephane Pontet, le programmateur du Sunset-Sunside en début de set - comme au tennis, ça se joue en set, le vrai jazz :-))) "Je ne cherche pas à vous battre, à vous combattre, à vous nier, à vous diminuer, tout ce je veux c'est être ami avec vous" chante Dylan Sidran. "Je ne cherche pas à te tromper, à te séduire, à te posséder, tout ce que je veux c'est être ami avec toi", chante le poète. Là, c'est utile de comprendre un peu l'américain, car les potes de Sidran présents dans la salle l'interpellent. Mais aussi après, lorsqu'il présente cette chanson - Highway 61 - où Dylan remet en scène Moïse, à qui un Dieu plus humain que les dieux d'avant dit qu'il refuse le sacrifice de son fils ou de quiconque comme preuve de sa foi en lui, avant un subtil dialogue entre père et fils au piano et à la batterie! Hier en Afrique, pour 82' de concert après 36h d'avion, Ben dit qu'il a un peu l'impression que la terre glisse sous leurs pieds, "mais c'est pas du tout désagréable, rassurez-vous"!

Ben cause volontiers entre deux thèmes, ça se supporte bien quand on pige ce qu'il dit car ça reste assez fin : il raconte comment Bob Rockwell lui avait refusé une fois une avance cash qu'il voulait lui proposer "parce qu'il n'était pas habitué"! Break et rebelote. Marmaduke the mouse, de Charlie Parker, puis une ballade bluesy à souhait. Ben Rockwell m'a dit pendant le break qu'il vient juste de s'acheter son premier ordinateur pour écouter de la musique sur I Tunes, U Tube & Cie. Il joue comme quelqu'un qui a passé sa vie à écouter les autres tout en jouant. Pourvu que l'ordi ne gâche pas ça.

Puis Ben taille un short aux jeunes traders de Wall Street : "il faut comprendre ce qui vous arrive quand ça vous arrive! Ces jeunes gars se font juste beaucoup trop d'argent!", dit celui que le London Times appelle le premier jazzman rappeur. Ben raconte une autre histoire truffée de références à la BB King, de femmes fatales et de jeunes désamourés, pour conclure : "le diable est une femme"!

Inépuisable, comme la plupart des grands artistes, Ben S. et son quartet enchaînent sur "Mitsubishi boys", une variation perso du début des eighties, écrite sur un vieux blues de Howling Wolf : "il avait dix ans quand il a écrit ça en 1940", fait-il, admiratif. "Le ciel pleure, personne ne blague, Mitsubishi boys"... C'est de la musique vivante "live"! Ben a joué ça à Tokyo, où quelqu'un lui a demandé ensuite s'il ne pouvait pas gommer le petit côté critique du Japon post industriel : "je lui ai dit non, car si on enlève ce qui est mauvais, on enlève aussi ce qui est bon"! Manichéen, Sidran? Non, plutôt new-yorkais. Et quelle pêche pour un Papy du jour...

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Published by Jo Gatsby - dans NEWS DU JAZZ
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  • Jo Gatsby
  • Journaliste professionnel, musicien amateur, guitariste et flûtiste, membre du Big Band Note Bleue (Angers-Saint-Barthélemy d'Anjou, France), créateur du blog Music-lovers sur overblog pour contribuer en toute modestie à votre information!
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