Angelo Debarre donnait l'autre soir un concert pour la premiere fois depuis pres de dix ans au Sunset, avec lui-meme a la guitare - dite "tzigane" pour des raisons qui m'echappent et m'echapperont aussi longtemps que la memoire du grand Django sera vivante - voyez, il y a de l'espoir - dans la chapelle Sixtine du jazz parisien. Angelo et sa musique, c'est une porte ouverte sur le paradis des musiciens, car tout y est, dans sa musique : le style, la beaute du geste, le toucher et sa fulgurance ailee, les sauvages accentuations a odeur de brasero, les flammes de l'amour et l'amour fou, totalement fou des rythmes quaternaires, des syncopes et des coups de coeur brodes autour des memes vieilles complaintes depuis, allons, au moins deux mille ans avant que la premiere guitare n'existe enfin! Le bassiste Antonio Licusati et le guitariste "pompiste" de choc Tchavolo Hassan (1er du nom) faisaient monter avec justesse la pression, habillant avec juste assez de talents conjugues l'art immense de l'ancien guitariste prefere du Hot Club de Stockholm (Sweden). En Suede, ou des gens bien inspires ont permis a Angelo de se refaire une vraie sante physique, morale et musicale, apres quelques annees de roulotte a la Montant, voire a la Menilmontant, cinq annees de vraie galere entre oubli et paradis artificiels qui lui auront laisse a tout jamais une conscience etourdissante du don de soi a travers la musique, au peril de sa vie, envers et contre toutes ces normes qui auraient pu faire de lui un simple virtuose, un beni-oui-oui de la six cordes, un thuriferaire du "jazz manouche", au lieu du musicien impeccable et enthousiasmant qu'il est devenu. Alors oui, jouer Django mieux qu'Angelo, cherchez bien, c'est impossible, car ils y laissent tous un peu de leur fierte d'etre eux-meme, chose qu'on n'entend pas dans le jeu de ce Michel-Angelo de la partition gitane! Son dernier CD, "Live in le Quecumbar" a Londres illustre fort bien ce genie de l'interpretation propre a Angelo Debarre, allez, n'ayons pas peur des mots, si entierement dedie a Django Rheinhardt, a son frere d'harmonie Stephane Grapelli, et tout soudain surgit entre deux bluesettes fourties un bon vieux "Limehouse blues", qui vient raccorder mon tout a l'autre memoire, celle des noirs et des hommes veritables, ceux qui savent encore offrir comme il le fit ce soir d'automne un beau theme a leur femme, lorsqu'elle leur fait le plaisir d'etre dans la salle comme c'etait le cas, comme d'autres offrent des fleurs a la leur les week- ends entre deux absences et trois tempetes au grand large :-))). Il s'envolait le soir meme en famille aux Canaries, a la recherche d'une aurhentique chaleur et, qui sait, d'une autre musique, une melodie Atlantique et ensoleillee, comme celles dont il nous a si bien prouve de nouveau qu'il en a trouve l'alchimique secret! Jo Gatsby www.sunset-sunside.com

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